Performance « RAKU & désobéissance créatrice »

La cuisson RAKU, en ce qu’elle rompt puis modifie le processus du cycle conventionnel de la cuisson céramique, est une double transgression.

1 – La première transgression, c’est dans le rythme qu’elle s’exprime

Contrairement au processus traditionnel (Enfournement à froid > montée en température progressive > palier > lent refroidissement complet > défournement), la cuisson raku permet d’enfourner les pièces dans un four déjà chaud, d’augmenter rapidement la température jusqu’au point de fusion de l’émail, de sortir brusquement les pièces du four à 1000° environ, en pleine incandescence et viscosité de l’émail, ce qui fait subir à la pièce un fort choc thermique.

Puis on dispose les pièces dans un récipient métallique, en contact avec des matériaux organiques, copeaux, sciure, végétal, papier, plus ou moins compacté afin d’en réduire la combustion en limitant l’apport d’oxygène au contact de l’émail en fusion.  On provoque ainsi une réduction plus ou moins importante de la glaçure. Les oxydes métalliques contenus dans la glaçure se révèlent.  Le carbone produit par la combustion s’insinue dans la terre par les craquelures de l’émail et les parties non émaillées.

2 – La phase « d’enfumage » est, en elle-même, la deuxième transgression et cristallise plusieurs débordements du processus rituel.

Premier débordement

  • L’enfumage, élément inhérent au cycle de cuissons primitives ou traditionnelles, est ici conçu comme un stade capital, une intention artistique à part entière, signifiante.

Deuxième débordement

  • L’enfumage est d’abord une teinture de fin de cuisson prête à devenir —s’éloignant du cycle sacro-saint des cuissons—  patine, peinture, enduits…Un langage artistique, une esthétique se détache de la  fidélité à une technique céramique.

Troisième débordement

  • L’enfumage nécessite une matière poreuse, réceptive aux fumées, une terre tendre, ouverte, sous-cuite… soit à l’inverse des recommandations traditionnelles !

L’approche de la fragilité, non comme défaut, mais aussi comme un signifiant, de la tendresse à l’éphémère.

Quatrième débordement

  • Lenfumage est synonyme d’un apport extérieur à la matière cuite, dans les faits, et de“manipulations volontaires” dans les manières. Il est la manifestation d’interventions supplémentaires – excitantes, parfois excitées – et parallèles à la cuisson proprement dite.

3 – RAKU, création artistique et prise de risque

Avec le « raku », le résultat final n’est jamais totalement prévisible.

L’artiste est constamment exposé à l’accident, qu’il doit apprendre à accepter ou à intégrer dans sa création. La rapidité avec laquelle s’enchaînent les opérations exige une intuition et un esprit de décision aigus.

Le contrôle complet du processus n’est jamais possible et laisse la place à la prise de décision personnelle et inventive, libérant l’acte créatif.

La multitude des paramètres mis en jeu dans la cuisson Raku permet d’obtenir des résultats variant à l’infini, ce qui confère à la pièce, entièrement réalisée manuellement, la qualité d’objet unique.

Dans cette combinaison de l’intention et du spontané de l’artiste, cet objet est un ORIGINAL ARTISTIQUE.

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